Découverte, liberté et expression

Mauve moulin
1 février, 2008, 23:18
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Etrange obscurité qui ne vit que de lumière ; occultes ténèbres qui meurent dans la nuit, noirceur flexible, intrinsèquement greffée à la clarté ; comme si l’eau avait besoin de sécheresse pour se régénérer, la chaleur de froideur pour enfler.
Etrange obscurité sculpturale, lorsqu’au midi elle se reporte sur le sol, fantomatique silhouette au soir ou timide nébulosité matinale, cette ombre dévorante est l’éminence grise du roi soleil. Riche de projets, ébauches et suggestions, elle calcule exponentiellement, mise sur la position de l’astre rayonnant, parie sur le temps. Engage jusqu’à sa vie pour gagner, briller elle aussi, de peur que trop vite, on ne l’oublie.
Etrange obscurité qui se découpe alors, dentelle éphémère et alias noir pour le grand arbre penché, la rivière enjambée ou le moulin dégingandée ; quatre doigts sur un bras tournoyant sans cesse, jusqu’à l’ivresse.
Etrange obscurité esthète, qui réfléchit, reflète et innove, veut faire de l’incertitude de sa vie une œuvre d’art, contrastée, peinte d’idées, de noir et de violet. Figure mouvante, changeante – à la fois mobile et enracinée, comme le printemps, le vol d’un corbeau solitaire – continue à pirouetter sur l’herbe sèche, l’ombre du vieux moulin. Poker du vent.



Brun Janvier
23 janvier, 2008, 13:51
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Distraction fugace de l’angoisse, qui sans cesse revient, use d’insomnies, joue d’utopies et sape les insaisissables débris de ce qu’il reste en moi de profonde humanité. Courage atrophié, volonté minée ; dors dans mon dos cette bête frayeur, grâce originelle, barbare alacrité qui ne demande qu’à s’époumoner : gigantesque ovoïde avide, ballonnée de l’agressive acuité de ses lèvres bleues, elle s’approche et s’étire, me regarde, semble me dire : « Toi, tu penses ; moi, je vis ! Il ne sera que ce que je serai ! ». Assassinat.
Et mes desseins, bruns janvier, dérisoires et fatigués à l’aube de cette nouvelle année, s’anesthésient pour se perdre à jamais dans l’irascible résolution d’une bouche immense et immonde – si grande pour moi – qui n’a de cesse de m’avaler comme pour mieux me retenir, chaperon pétrifiée, dans sa gorge de loup gris. Etranglée. Peut-être pour prolonger d’agonie mon lâche destin d’être abdiqué…
Mais puisque qu’ici et ailleurs sont deux jumeaux, parallèles idéaux, dont la disjonction même crie l’homologie ; puisque que tout est concept substantiel et abstraction essentielle, alors, puissance et robustesse, moi, je suis, l’abandon.



Or afrique
20 janvier, 2008, 21:15
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Il existe, nimbée d’ors cristallins, grains apaisés, une montagne glabre et brossé – aléatoire comme le vert des marrais, le brun des terres altérées. Graduellement, elle gravillonne et chante pour le voyageur sauvage ou le vent solitaire, sa complainte parfaite d’accords émancipés. Molécules déliées dans l’arène avide et souche passionné, elle glisse, ondule et moule à la face du ciel désertifié toute l’audacieuse abstraction de ses spéculations où une forme soudain dessinée ne naît que pour mourir l’instant d’après ; comblée de sa propre substance, lourde mouvance fluide, seule infinité, multiple unité comme l’argenté d’un masque métallisé.
De miroitances limpides sous les compliments avoués du soleil ardent, la dune dévoilée invite alors et la nature et la civilisation à l’écoute – te deum – des modulations de sa voix chuchotée ; et le sable évasif rit de l’altruiste ironie du voyageur qui le foule et croit pouvoir le modeler, du vent qui le sème et croit pouvoir l’ordonner. Car d’aventure, grandeur impitoyable, forge de bravoure et d’obstination, rares sont ceux qui parviennent à peindre les nuances insondables et brutes de cette contrée aux milles secrets ; ainsi l’Afrique, éternelle énigmatique, a-t-elle parlé.



Argent carapace
26 décembre, 2007, 0:13
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De rutilances et phosphorescences ponctué, l’argent carapace, dissimulé derrière les éclaboussures de magnificences et d’excès, masque mes traits d’expressions silencieuses. Farces pétrifiées qui invente contre mon gré figures et dorures, se grime jusqu’à la lie et rôde sans ennuis, l’agent carapace, fauconnier noir et blindage d’acier, dérange ma sincérité, arrange ma pudeur. La cuirasse mensongère pactise et compose une expression, étouffe mon indécision, protége ma peau d’éclats d’amour et de haine, et m’offre le froid tempéré de sa compagnie. Fi des protestations aussi muettes qu’obsolètes, insupportable d’une médiocrité qui rêve autant de s’envoler que de s’enterrer – surtout de ne pas stagner – derrière ce masque voué à me réfléchir, il n’y a que moi et mon effroyable banalité.
L’ombre plane d’un immense caracara m’avale alors en plein jour, arrache par saccades les dernières fifrelines vérités qui, agglutinées serré au métalisme de ma peau, refusent de mourir encore tout à fait. Mais je suis arlequin, caméléon à mon instinct ; et de faibles loyautés en promptes facilitées les artifices de l’argent carapace masquent à tout jamais mes traits, blancs de se taire, blancs de ne rien dire de travers, blancs de fuir les maux et les brûlures, quitte à manquer les tiédeurs ambrées d’un soleil maître en son monde, à la fois colères et bontés ; Dieu peut-être.



Orange perle
11 décembre, 2007, 18:07
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Le sang d’une peau en suspend, l’ombre placide d’un arbre sur ta tombe, la terre en frisson qui plonge insuffler la vie à tes bras morts, à tes mains inertes, à ton sourire perdu, à tes yeux endormis ; et sème de son bruissement contre ton corps, frôle, touche et sonne ; bouscule de son infime infinité ce silence qui veut t’emporter. Je pleure.
Je pleure le sang d’une peau en suspend comme si le sel ou l’eau de mes larmes te faisaient subsister encore un instant, repousser le jeu mortel et implacable de la silhouette noire d’un arbre qui court à ta perte ; aspirer les tourbillons de sable, d’humus et de bois qui t’enveloppent de l’irrémédiable douceur de leur linceul. Je pleure.
Et du sang d’une peau en suspend, de l’omble inexorable d’un arbre sur ta tombe ou de la terre en miettes qui acclame le retour d’un homme en son sein, ne reste que moi et ton corps, étrangers de par l’abîme de la mort et la pierre lourde d’ambre figé qui, dure et sans velours, te dérobe à mon regard d’égaré. Je pleure.
Je pleure ta voix, je pleure tes mains et tes doigts ; et je pleure ton âme immobile et la perle d’encre acide de nos souvenirs inachevés qui roule et glisse de sa caresse ronde et lisse sur mon visage solitaire…



Rouge banane
8 décembre, 2007, 22:23
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Tourbillons mal enchantés de maux et d’idées qui s’arabesquent dans les méandres officiels de mon cerveau. Insurrection au paradis blanc ; lorsqu’une soudaine convoitise fait rage parmi les civilisés, surnage alors qu’on la croyait noyé des subtiles nuances de tonnerres et de bleus, sépare à gros bouillons concupiscents envie, caprice et jalousie. Vanille. Chocolat. Fraise.
De remous et tournoiements insatisfaits, déluge effluvial de blêmes opalines incandescentes, eurythmies lactescentes et saccadées dans les lacets secrets d’un cœur musclé qui aspire, inspire, respire et happe et boit l’exaltation de la soif retrouvée, je tais peu à peu cet insipide goût d’hiver sur la langue pour la crépitation de ce renouveau excès tarissable comme un fanatique éclat solaire, mais dont se nourrissent les miroitants acteurs de ma vie. Chantilly.
Demain, sucrée d’inespérées promesses, offre en seconde chance la rengaine de son souffle pulsé de battements emballés, de cymbales et de tambours comme pour saluer la naissance d’un nouveau jour ; et les rouges banane et verts poire, mâtinés de l’espérante candeur de coupes glacées d’avenir, enivrent mon silence…



Jaune sang
10 novembre, 2007, 19:59
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Coque blanchâtre et translucide, un petit coquillage est alangui dans une paume ouverte, îlot sur une flaque opaque. A l’intérieur de cet imaginaire monde – univers absolu et démesuré aux limites de ses murailles, comme le crâne abrite de son caveau l’hypnotique du cerveau – habite un être insolite au corps mou, larvaire et idiot. Puisque l’homme s’étonne de l’intelligence animale le jour même où il oubli qu’il en est un, la main qui le tient ne s’étonne de rien. Elle n’est qu’un assemblage de ridules et de tranchées superficielles, réseaux digital qui cherche son reflet dans les réflexions sinueuses et dures du coquillage qu’elle supporte.
Et dans la main vide de sens et d’esprit, une tache exponentielle par laquelle s’assemblent, s’allient, s’aliènent l’un à l’autre la paume qui saigne et le fossile qui pleure ; et les larmes jaunes iodées et le lagon d’or rouge immortel et noir à force de concentration se mêlent, se fondent, s’effacent d’un même mouvement. Et comme rien ne s’échappe de l’écrin rond d’une pomme à cœur ouvert, d’un coquillage d’hypocrisie sincère, l’homme et l’animal simultanément apprivoisés, meurent et s’endorment dans l’innovation inventé de leur sérum d’écorcés.


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